Gourmandises du père Fouras.

Mon premier s’élève vers le ciel sur le pont d’un bateau à voile

Mon second vient après « un »

Mon troisième est un matériau textile qui tient bien chaud

Mon tout est un prénom ou un petit gâteau bossu. Qui est-elle?

Ok, je vous l’accorde, ce n’est pas digne du père Fouras mais c’est ma première énigme, il faut être indulgent. Si vous aimez le père Fouras, faites un tour . J’aurais en effet pu commencer ce billet en parlant de Proust, A la recherche du temps perdu, mais c’était trop convenu. La madeleine de Proust j’en ai par dessus la tête. Et oui, on entend TOUJOURS parler d’elle! Mais, dites-moi, qui a vraiment lu le passage de la madeleine? Allez, pour la peine, je vous le colle ici, comme ça , après ce billet, vous pourrez dire que vous avez lu Proust et qu’en plus vous savez faire des madeleines… et ça c’est pas tout le monde qui a fait les deux.

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? »

Les madeleines

Après plusieurs recettes essayées, je vous livre ma mouture.  Pour 18 madeleines: 100g de farine – ½ cuillère à café de levure chimique – 120g de sucre semoule – ¼ de zeste de citron non traité – 2 oeufs – 100g de beurre fondu – une pincée de sel.

Conseil: préparer le pâte à l’avance (jusqu’à trois jours 3 jours) et entreposez-la au frigo. Sortez-la juste avant de la mettre au four: le madeleines seront magnifiques et bien bossues.

Tamisez ensemble la farine et la levure. Faites fondre le beurre dans une casserole puis laissez-le refroidir. Cassez les oeufs dans un saladier, les battre, ajoutez le sucre et fouettez. Ajoutez la moitié du beurre fondu, puis la farine en pluie et enfin le reste du beurre sans cesser de tourner la pâte avec le fouet. Râpez les zestes puis hâchez-les finement (Ne pas râper directement dans la pâte, le goût serait trop prononcé). Incorporez le zeste à la pâte. Répartir la pâte dans les moules. Faites cuire à 220° 13 à 15 min. Démoulez et faites refroidir sur une grille.


Je vous ai déjà parlé de mon four blagueur? Sur la deuxième fournée il m’a fait le coup de la madeleine qui gonfle à l’envers:

Quand la madeleine a assez refroidi sur sa grille, elle est alors prête à voler de ses propres ailes. Madeleine au décollage:

Et sinon la suite de l’épisode de la madeleine de Proust c’est ça (attention, ça se corse):

« Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. »

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7 réponses à Gourmandises du père Fouras.

  1. Numide de Belfort dit :

    Michoco la tete de tigre !!! Petite dédicace a Sebi a l’époque ou on mangeait encore ces bonbons au caramel et chocolat qu’il préférait certainement a Felindra ;)

    A les vacances d’ete devant fort boyard…..

    • Am'broisie dit :

      Oh punaise…. tu viens de m’offrir la meilleure madeleine de Proust que j’ai jamais goûtée! Les soirées devant fort Boyard… avec tout ce que tu as dit!! Merci!!

  2. La Gamine dit :

    Magnifique grand écart que de passer de Fort boyau à Proust!
    Tu as testé l’alliance madeleine et thé? ça fait vraiment cet effet là ? Tu as trouvé la vérité en toi?
    En tous cas, je n’avais remarqué que la madeleine ressemblait à une coquille Saint-Jacques. Quel fin observateur ce Proust d’ailleurs lui, il dit « Petites Madeleines » avec des majuscules s’il vous plaît et pas madeleines.
    Dodues, bossues ces petites choses étaient-elles goûtues?

  3. mirbreizh dit :

    Incroyable, cette synchronicité!
    Moi je suis actuellement sur « la voie des Madeleines » les 3 Maries.
    Lire ce livre choc, editions ariane .
    Revenons en cuisine: j’ai le moule depuis de nombreuses années ,
    je vais l’utiliser !!!!!
    La mère veille ,une Marie ,en quelque sorte…

  4. Céline dit :

    J’avais justement une grande envie de madeleine !

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